RÉSUMÉ
Le rapport GTCI est publié chaque année par l’INSEAD, sauf en 2024 afin d'actualiser le cadre conceptuel. En 2025, le GTCI est élaboré en collaboration avec le Portulans Institute, Think Tank américain spécialisé dans la transformation numérique et les indicateurs d'innovation.
Il s’agit d’une analyse comparative qui évalue la manière dont les pays (parfois les villes) développent, attirent et retiennent les talents. Le visuel ci-dessous, extrait du rapport, présente le nouveau cadre conceptuel du modèle du GTCI qui évolue par rapport aux précédentes éditions, pour intégrer l'impact de l'intelligence artificielle générative et la notion de résilience (individuelle mais aussi institutionnelle et collective). Il place la résilience au cœur de l'analyse, la définissant non plus comme la simple capacité à rebondir (bounce back) mais comme la capacité à « rebondir vers l'avant » (bounce forward) — c'est-à-dire à se transformer positivement sous l'effet des chocs. Il combine une évaluation de ce que les pays font pour produire et acquérir des talents (Input) et le type de compétences dont ils disposent en conséquence (Output). L’édition 2025 couvre 135 pays et 77 indicateurs normalisés qui permettent de les comparer.
Mots-clés : adaptabilité, attraction des talents, benchmark international, compétences, éducation, employabilité, formation, intelligence artificielle, IA générative, résilience, rétention des talents, soft skills.
Illustration : © Global Talent Competitiveness Index - INSEAD x Portulans Institute
Le GTCI repose sur un modèle à six piliers organisés en deux sous-indices.
Entrées (Input) : quatre piliers qui mesurent ce que les pays font pour développer et attirer les talents :
- Permettre (Enable) : qualité réglementaire, infrastructure de marché, environnement des affaires
- Attirer (Attract) : ouverture externe (immigration, FDI) et interne (tolérance, mobilité sociale, inclusion des femmes)
- Développer (Grow) : éducation formelle, formation tout au long de la vie, accès aux opportunités de croissance
- Retenir (Retain) : durabilité sociale et environnementale, qualité de vie
Sorties (Output) : deux piliers qui mesurent les résultats en termes de compétences :
- Compétences techniques et professionnelles (VT Skills) : compétences intermédiaires et employabilité
Compétences générales adaptatives (GA Skills) : anciennement « Compétences globales de la connaissance », ce pilier est rebaptisé en 2025 pour refléter l'importance croissante de l'adaptabilité, de la fluidité numérique, des compétences douces et de l'intelligence artificielle
| Région | 1er | 2e | 3e |
|---|---|---|---|
| Europe | Suisse (2) | Danemark (3) | Finlande (4) |
| Asie centrale et du Sud | Ouzbékistan (71) | Kazakhstan (72) | Kirghizistan (87) |
| Asie de l’Est, du Sud-Est et Océanie | Singapour (1) | Australie (10) | Nouvelle-Zélande (18) |
| Amérique latine et Caraïbes | Chili (39) | Uruguay (42) | Costa Rica (44) |
| Afrique du Nord et Asie occidentale | Israël (23) | Émirats arabes unis (25) | Chypre (30) |
| Amérique du Nord | États-Unis (9) | Canada (14) | — |
| Afrique subsaharienne | Maurice (49) | Seychelles (50) | Afrique du Sud (79) |
Le palmarès 2025 : une recomposition des équilibres
- Le fait le plus marquant du classement 2025 est l'accession de Singapour à la première place — une première dans l'histoire de l'index. La cité-État détrône la Suisse (2e), suivie du Danemark (3e), de la Finlande (4e), de la Suède (5e), des Pays-Bas (6e), de la Norvège (7e), du Luxembourg (8e), des États-Unis (9e) et de l'Australie (10e).
- L'Europe s'affirme comme le bloc dominant : 7 pays du top 10 sont européens et 18 des 25 premières économies appartiennent au continent. La France est classée 19ème (cf. p. 26 le classement mondial et p. 147 la monographie). Les pays nordiques constituent un modèle à part — une combinaison rare de robustesse institutionnelle, de confiance civique, de flexibilité du marché du travail (le modèle danois de flexicurity) et d'investissement massif dans l'apprentissage tout au long de la vie.
- À noter la chute des États-Unis (de la 3e à la 9e place entre 2023 et 2025) : le rapport attribue ce recul à des scores en baisse sur l'ouverture (External et Internal Openness) et sur la formation tout au long de la vie (lifelong learning). La Chine recule également dans le classement (de la 40e à la 53e place), reflétant des vulnérabilités dans l'attraction et la rétention des talents (contrôle institutionnel VS ouverture et libertés individuelles).
- Dans les pays émergents, le GTCI 2025 identifie des « dynamic talent movers » — des économies qui surperforment relativement à leur niveau de revenu. Cette liste est instructive : elle contient, aux côtés de la Finlande, de la Suède ou de l'Australie, des pays à faible revenu d'Afrique subsaharienne comme le Malawi, le Rwanda, la Gambie, le Mozambique, le Burundi et Madagascar. Ces pays « font mieux avec moins », en capitalisant sur l'éducation de base, l'ouverture et des mécanismes communautaires de développement du capital humain. C'est un signe que la compétitivité des talents n'est pas l'apanage des pays riches.